La Fondation Boghossian – Villa Empain est exceptionnellement fermée le jeudi 20 juin. Nous vous remercions de votre compréhension et nous réjouissons de vous accueillir dès le vendredi 21 juin et jusqu’au 8 septembre pour la visite de l’exposition Josef et Anni Albers.

Le Zen n’a pas de forme, mais nous avons besoin de la forme pour révéler le Zen.

Le terme Zenga se compose des caractères Zen 禅 et Ga 画. Le Zen est l’illumination de Bouddha. Le Zen n’est pas un système de croyance ; il brise l’idéologie. Le Zen est savoir et vision, non pas croyance. Le Zen est ancré dans le moment actuel, il est en constante évolution, il ne s’installe nulle part ; le Zen ne peut pas être cerné. Le Zen est ; le Zen n’est pas. Le Zen est la libération de la limitation des pensées et des points de vue qui nous confinent. Dans notre monde en flux constant, le Zen figure le processus continu d’auto-réalisation.

Zenga signifie Voir le Zen à travers la peinture. Le Zenga témoigne des idéaux Zen et engage le spectateur à embrasser profondément le sens de la peinture à travers le regard et, dans le prolongement, à regarder profondément en lui-même. Un Zenga est un outil pédagogique, un véhicule pour l’éveil, un moyen d’élever la conscience, un aiguillon pour mieux se comporter, une image faite pour favoriser la compassion, et une déclaration de responsabilité sociale. L’art Zen vise à inspirer, à instruire et à offrir une vision.

Le Zenga a d’abord été créé en Chine, et a atteint son plein épanouissement au cours de la période Edo, au Japon. Ses thématiques couvrent un éventail qui va du panthéon bouddhique classique des Bouddhas, Bodhisattvas et Grands Patriarches, aux actes les plus banals de la vie quotidienne. Nommez n’importe quel sujet et vous constaterez qu’il est probablement connecté à une thématique Zenga – y compris les dessins animés de Bouddha et de dieux ballonnés, de personnes répondant à l’appel de la nature ou en train de faire l’amour.

À bien des égards, le Zenga est un anti-art. Il n’a jamais eu d’objectif simplement décoratif, ni ne vise à atteindre la beauté. Les erreurs ou omissions ne sont jamais corrigées – il n’est pas rare de rencontrer l’expression « Oups ! J’ai oublié un caractère » ajouté à un Zenga. Si une pièce a reçu des gouttes, des éclaboussures ou des empreintes de pattes de chat, alors tant mieux. Sengai a écrit :

“Mon jeu avec le pinceau et l’encre n’est pas de la calligraphie ni de la peinture; la peinture ordinaire procède d’une méthode ; La peinture de Sengai est dépourvue de toute méthode. Ainsi que le formule Bouddha, « La véritable Loi n’est pas La Loi ».”

La plus grande sagesse dans le Zen consiste à ne rien prendre trop au sérieux, en particulier soi-même. Dans le Zenga, à peu près tout, y compris Bouddha et l’artiste lui-même, est moqué, brocardé ou satirisé. Dans le Zenga présenté au sein de cette exposition l’humour couvre toute la gamme des rires, du plus subtil au plus tonitruant.

L’impact du bon Zenga est immédiat ; il peut avoir un effet beaucoup plus puissant et durable que tout ce qui est enregistré ou que l’on peut lire dans un livre. Grâce à ce support compact, les maîtres oeuvrent afin d’exprimer l’essence de leur enseignement dans un espace unique, au lieu des digressions infinies de l’écriture. Le Zenga s’exprime par le pinceau : je développe mon enseignement à l’aide d’un pinceau et de l’encre au lieu de ma langue ; vous saisissez le sens des mots avec vos yeux. La fraîcheur et la vitalité du Zenga transcendent l’espace et le temps – il n’est jamais daté. La reconnaissance du Zenga s’étend à présent sur une scène beaucoup plus vaste, faisant l’objet d’expositions, à l’instar de la présente, dans de nombreux pays, et il compte des adeptes à travers le monde entier.

Seeing Zen présentait 60 chefs-d’oeuvre Zenga issus de la collection Kaeru-An de Felix Hess. Kaeru-An, est peut-être la plus grande collection de Zenga d’Occident et se compose actuellement de 560 pièces. Les Zenga exposés vont du XIVe au XXe siècle. Parmi les oeuvres les plus représentées figurent celles des plus grands maîtres Zenga tels que Fügai, Hakuin, Sengai, Göchö, Tesshü et Nantenbö.

« Seeing Zen propose un riche et inhabituel panorama de cet art de la sagesse,
pur, simple et beau.
»

L’Echo, 30 novembre 2016