La Fondation Boghossian – Villa Empain est exceptionnellement fermée le jeudi 20 juin. Nous vous remercions de votre compréhension et nous réjouissons de vous accueillir dès le vendredi 21 juin et jusqu’au 8 septembre pour la visite de l’exposition Josef et Anni Albers.

Au Ier siècle après J.-C., l’apparition du codex constitua à Rome une véritable révolution, rendant progressivement l’usage du rouleau obsolète.

« L’univers est un immense livre », affirmait le philosophe mystique Ibn Arabi au XIIe siècle.

En Occident, c’est également durant le XIIe siècle que l’on commença à diviser les livres en chapitres selon une succession logique et un plan d’ensemble. Mais au-delà de son contenu, de ses textes et images, le livre présente une matérialité, une forme qui lui est propre. C’est sans doute et avant tout grâce à sa forme matérielle que son succès durable s’explique.

Le livre est né du pli, ce qui permet de le tenir debout, de l’ouvrir et de le fermer. Le pli divise les espaces sans les séparer, à la fois distincts et solidaires, face à face, recto et verso, extérieurs et intérieurs, unis dans un même volume. Autrement dit, le livre permet de penser le continu dans la discontinuité et le discontinu dans la continuité. Avec l’irruption généralisée de l’électronique, depuis que l’écran fait concurrence au règne du papier et malgré toutes les craintes exprimées, le livre, cet objet sensible, résiste.

Objet de culture par excellence, le livre induit dans notre pensée et notre comportement un rapport singulier au temps, au corps, à la vérité et au monde qu’il contient et révèle. Il s’oppose ainsi à l’ordinateur qui diffuse sans commencement ni fin des vérités multiples, provisoires et constamment inachevées. Son corps organique, fait de peau et de papier, de colle, d’encre et de fils, induit un rapport physique, intime, que nul objet électronique ne pourra jamais offrir. « Dévorer un livre » n’est pas seulement une métaphore et le vocabulaire du livre révèle souvent sa parenté avec le corps humain, évoquant la tête, la peau, le dos, les nerfs, …

Il n’est pas étonnant, dès lors, que de très nombreux artistes se soient passionnés pour le livre et sa matérialité, le transformant, le manipulant, le détournant au fil de leurs inspirations.

Face au livre et avec lui : la chaise.

La chaise renvoie également à des pratiques symboliques depuis que l’humanité s’est sédentarisée. Historiquement reliée au pouvoir, la chaise se fait trône depuis l’Antiquité. Cette hiérarchie matérielle et symbolique se retrouve dans la vie civile et domestique où fauteuils, chaises, bancs et tabourets situent le rang de leurs utilisateurs. Comme pour le livre, les expressions ne manquent pas, qui soulignent le rapport intime qu’entretient la chaise avec le corps humain et le contexte culturel dans lequel elle s’inscrit.

Tous deux constituent des objets essentiels de médiation entre les hommes. Dans l’esprit de la Fondation Boghossian, on parlerait volontiers d’objets de dialogue !

En proposant cette exposition qui réunit près de 200 livres et chaises créés par des artistes issus de différentes cultures, c’est à ces réflexions et significations symboliques que le public était invité à réagir.

Mais comment exposer des livres qui ne peuvent être lus et des chaises qui ne peuvent être utilisées ? « La chaise est toujours assise », déclarait le poète surréaliste Achille Chavée… Dès lors, le public était invité à un parcours interactif où il a pu lire et se reposer au fil de sa visite.

Tantôt graves et émouvants, tantôt drôles et inattendus, les objets-œuvres d’art rassemblés à cette occasion à la Villa Empain constituaient un ensemble étonnant. Ici, entre deux chaises, il y a toujours un livre, un lien, un émerveillement, une invitation au dialogue.

La plupart des objets présentés dans le cadre de cette exposition proviennent d’une collection privée belge, collection qui en elle-même constitue un véritable corps vivant, un univers en mouvement où règne l’imagination la plus libre et la plus diversifiée.

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